La ville syrienne de Hassakeh (500,000 habitants) sera bientôt sous le contrôle du gouvernement syrien. Les forces kurdes ne pourront pas la défendre, car la plupart de ses habitants sont arabes et se montrent hostiles envers elles. Il est important de se souvenir que, en janvier 2022, l’État islamique a lancé une attaque contre la prison Sinaa, où sont détenus des milliers de combattants jihadistes. Cette organisation terroriste s’est infiltrée pendant des mois dans les quartiers arabes au sud de la ville, justement près de la prison, avant de lancer son assaut. Les services de renseignement kurdes n’avaient rien vu venir, car ils ne disposaient pas d’informateurs fiables dans ces quartiers.

Divisions ethniques dans le nord de la Syrie

Depuis 2012, la ville de Hassake a connu une croissance exponentielle en raison de l’arrivée de près de 200 000 réfugiés, principalement des Arabes de la vallée de l’Euphrate et des campagnes avoisinantes. Des quartiers informels immenses entourent désormais la ville. Le centre-ville a également été transformé. Les quartiers chrétiens ont vu leur population diminuer drastiquement. Sur les 40 000 chrétiens présents avant le conflit, il n’en reste plus que quelques milliers. Une grande partie des classes moyennes, kurdes ou arabes, a quitté la ville pour l’étranger. L’arrivée de populations pauvres et marquées par le tribalisme a fait disparaître la fragile cohésion sociale.

Le YPG aura donc du mal à se maintenir à Hassake. Les forces d’al-Sharaa encerclent la ville en se déployant dans les villages arabes autour de Chadadeh, au sud, ainsi que dans ceux situés à l’est, près de Tel Hol, et elles se préparent à prendre Tel Tamer depuis la zone occupée par la Turquie à l’ouest. La vallée du Khabour, entre Tel Tamer et Hassake, était peuplée par 30 000 Assyriens, mais, en 2015, l’État islamique les a attaqués. La population a alors fui, ne laissant derrière elle que 500 personnes, qui ont pu revenir une fois la zone libérée par le YPG. La population est maintenant majoritairement arabe à l’ouest du Khabour et kurde à l’est. Il ne sera pas difficile pour l’armée syrienne de se diriger vers Hassake depuis cet endroit. N’oublions pas que la tribu Tay, longtemps fidèle au régime de Bachar al-Assad, se trouve entre Qamechli et Hassake. Cette tribu a toutefois fait allégeance à al-Sharaa, ce qui rend possible la coupure de la route entre Qamechli et Hassake.

Enfin, il faut souligner qu’Hassake connaît une grave pénurie d’eau depuis octobre 2019, date à laquelle la Turquie a coupé l’eau provenant de Ras al-Aïn. La ville est donc essentiellement ravitaillée par camion-citerne depuis deux sources situées à environ trente kilomètres au nord-est, dans une zone arabe, ce qui la rend difficilement défendable par le YPG au-delà de quelques semaines. Cette pénurie d’eau a tout simplement détruit la ville depuis sept ans, causant des problèmes de vie au quotidien immenses et accentuant le ressentiment des Arabes à l’égard des autorités kurdes, qui seraient responsables du fait que l’eau soit confisquée pour les quartiers kurdes, situés au nord, ce qui est faux. Mais les rumeurs sont diffusées par des cellules islamistes cherchant à déstabiliser l’AANES.

Si les YPG assurent la défense de la ville, une séparation nette émergera entre les secteurs kurdes et arabes. Les combattants kurdes ne seront en mesure de tenir leur position que dans le tiers nord. S’ils renoncent à défendre la ville, des dizaines de milliers de Kurdes s’enfuiront vers Qamechli, Dérik et le Kurdistan d’Irak, si la frontière est ouverte. Car la menace d’exaction à l’égard de la population kurde est réelle.

Lyon le 20 janvier 2026, 15h.